mardi 19 mai 2009

LES AGNEAUX - couloir Piaget (3648m)

la calotte des Agneaux, c'est un peu un rêve de gosse. Tout juste adolescent, les 100 plus belles de Rébuffat en livre de chevet, je révais un jour de fouler ce bel ourlet de neige que semblait tranquillement remonter cet alpiniste. Une vingtaine d'année plus tard, nous y voilà. Afin de boire le calice jusqu'à la lie, je propose à Stef le couloir Piaget, belle entrée en matière pour une semaine que nous souhaitons poursuivre à la Grande Ruine par le couloir du Diable. Une chaussure et des insectes ardéchois en décideront autrement...




Arrivée tardive le lundi soir au refuge de Villar d'Arêne, où nous retrouvons non sans surprise notre gypaëte barbu, alias Thomas, débauché par un camarade pour la goulotte Cret. Au refuge comme à la maison, puis une nuit réparatrice avant de tomber du lit à 3h du mat'. A noter les premiers signes d'inquiétude pour Stef la veille, dont les pompes de ski d'occaz étrainées une seule fois lui font finir la montée en chaussettes...


4h40, au dessus du lac d'Arsine. Départ pas franchement matinal, contrairement à ce que l'on pourrait croire, et nous le paierons à la descente. Pour le moment, les agneaux se font dociles, accrochant la lune à leurs arêtes. Dans le couloir, les conditions sont excellentes. Neige dure, bien portante, absence de vent. Stef me la joue gros coup de pompe et traine la patte sur les 600 premiers mètres (le Triathlon, c'est bon pour les plagistes...). Mais le bougre a de la ressource, et la vision des rayons du soleil à quelques longueurs de corde lui redonne un coup de fouet.

Sortie sur la calotte, bien éffilée. La suite change du tout au tout : plein soleil, neige transfo et peu ou pas portante. Gros combat. Stef prend le relai et nous ouvre une véritable tranchée, à grands coups de piolets, crampons, genoux et injures en tout genres. 250m à n'en plus finir, à brasser, faire du sur-place, choisir la pente qui nous semble la moins traitre.




Plein cagnard, pleine pente, gros coups de soleil et gros coups de pompe. Mais à 12h, la calotte est derrière nous, et le glacier blanc se découvre sous nos pieds, en même temps que l'impressionnante trilogie des faces N du Pelvoux, Pic sans Nom et Ailefroide. La Barre ferme le cirque, plein cadre.

Déjà tard, il faut penser à redescendre. Nous choisissons l'itinéraire du glacier supérieur d'Arsine, à la jonction de la calotte. L'occasion de chausser les skis sur une belle moquette, qui ne durera malheureusement pas longtemps, au profit de belles traces en ski nautique. Soupe infame où nous ne voyons parfois plus nos skis.
Le retour à pieds confine au calvaire : entre le pied broyé de Stef dans sa chaussure trop petite et les miens malmenés par les piqures d'insectes du week-end, on arrive en piteux état au refuge.


la nuit portant conseil, et les bricolages "Mac Gyver" de Stef semblant probant, nous décidons de tenter notre chance au Col du Diable, et partons donc pour le refuge du Pavé. Regain de forme en feu de paille, on jette l'éponge à mi-chemin. Douleur insuportable pour Stef, à peine mieux pour moi.
le temps de jeter un oeil au couloir du Diable, en conditions exceptionnelles (intégralement en neige), d'avoir un peu les boules, et nous reprenons le chemin des écoliers... en chaussettes !



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